Israël – Équivalences dentaires – Laissez-nous travailler !

Suite à la terrible opposition du ministère de la santé israélien concernant les équivalences dentaires, j’ai décidé de vous raconter nos déboires.

reconnaissance des diplomes dentaires

Cela fait maintenant deux ans et demi que nous avons fait le choix difficile d’immigrer en Israël, abandonnant, nos parents, notre familles, nos amis, le pays qui nous a vu naître et éduqué, laissant derrière nous une bonne situation, voir pour certains une situation en or. Nous avons tout recommencé à zéro, appris l’hébreu, à lire à écrire, les premiers mois étaient certes difficiles, mais la volonté de nous intégrer, notre confiance en l’état d’Israël, notre sionisme (La volonté de construire le pays, selon la volonté du Tout-Puissant), notre espérance en un avenir meilleur pour nos enfants, pour nous même,  primaient sur les difficultés, sur les missiles qui pleuvaient sur nos têtes, sur les attaques terroristes musulmanes au couteau et à la hache. Et puis il y a aussi le merveilleux bonheur de vivre en Israël, sur la terre de nos ancêtres, au jour-le-jour parmi les nôtres, voir nos enfants se réaliser pleinement et s’intégrer, vivre au rythme du calendrier juif, et ENFIN ne plus vivre en marge de la société (française), cacher sa kippa, mendiant nos patrons pour quelques jours de Yom Tov (fêtes juives), et répondre sans cesses aux questions moqueuses :

Pourquoi n’allumez-vous pas les lumières shabbat? Mais…

Ah bon vous ne conduisez-vous pas la voiture Shabbat? mais….

Vous les Juifs, vous avez-vu ce que vous faites aux palestiniens?

Notre espérance puis la douche froide:

Puis vient la fin de la vie au pays des Bisounours avec la fin de l’Oulpan d’hébreu, et des 6 mois de subventions de nos besoins par l’état d’Israel. Il faut vite trouver du travail pour subvenir aux besoins de ma famille. Israel n’est pas la France, pas d’assistanat, il faut retrousser ses manches et travailler pour nourrir ses enfants. Et premier constat : les salaires sont moitié ceux de Paris et la vie tout aussi chère, les prix des loyers explosent ainsi que ceux des laitages et de la viande. On se rend très vite compte qu’il faut au minimum un budget mensuel de 10.000 shekels (2.300€) pour faire vivre une famille de deux adultes plus trois enfants dans la ville Israélienne de Hadera, l’équivalent d’une banlieue populaire de Paris. (Ailleurs c’est beaucoup plus cher)

J’ai la chance d’être graphiste pluridisciplinaire, maniant tout aussi bien Photoshop qu’un logiciel 3D comme Maya, pouvant réaliser du design ou de l’animation, je touche même un peu au code, comme le prouvent mes applications Rabbi SHALOM. J’ai rapidement trouvé du travail dans une start-up israélienne mais mon salaire ne suffisait pas pour faire vivre ma famille, ma femme devait aussi travailler. Et là on se heurte à l’exception israélienne : 

 

1 – Les enfants ont école de 8h à 14h.

Que faire de nos enfants l’après midi si on travaille? Personne ne peut s’en occuper si ma femme travaille à plein temps. N’oubliez pas : nos familles sont restées en France, pas de grand-parents pour les chercher à l’école. Les faire garder? Une Métapélette (nounou) couterait 5.000 shekels par mois pour la garde de trois enfants, soit les trois-quart de mon salaire. (Le budget familial grimpant du coup à 15.000 shekels)

2 – La reconnaissances de Diplômes français pour les Olim (immigrants)

reconnaissance des diplomesMa femme étant chirurgien dentiste, elle ne peut exercer en Israël sans l’autorisation du Misrad Habrioute (Ministère de la santé). Et pour se faire elle doit passer des équivalences dentaires. Pour ceci ma femme à fait traduire et certifié son diplôme français et s’est inscrite sur le site du ministère de la santé israélienne. Puis plus de nouvelles, la date des équivalences approchant rapidement (deux cessions par an une en septembre, une en fin février) on a essayé par tous les moyens de les contacter, nous heurtant à la sourde-oreille de l’administration du ministère de la santé. Finalement ma femme est convoqué pour s’expliquer au sujet d’un contrôle de l’assurance maladie, trois ans avant notre départ:  Un dentiste ne peut comptabiliser une consultation et un soin dans la même séance, il faut faire soit l’un soit l’autre et donc dans tous les cas faire revenir le patient pour lui soigner sa dent même si il souffre – débile – ma femme voulait juste rendre service et ne le savait pas.  Contrôle profondément antisémite d’ailleurs, ma femme se faisant traiter de voleuse, (il n’y a pas plus honnête que ma femme, elle ne sait même pas mentir) et qui a été l’une des raisons qui ont contribué à notre décision de quitter la France.  Nous savons de source sûre que les praticiens Juifs de France sont les premiers sur une longue liste de contrôles de l’administration française, cherchant la moindre faille afin de demander réparation financière dont le seul but est de combler « le trou béant de la SÉCU » creusé par des vagues d’immigrations successives et d’assistanat. Et ou trouver l’argent? chez les Juifs bien sûr!

3 – Le Mur de béton administratif : le tout-puissant docteur SHANON

Après avoir subit l’humiliation de l’administration française, ma femme s’est vu traitée comme une moins que rien lors de la convocation avec le Docteur Amir SHANON, ne la laissant même pas s’expliquer, elle était d’office coupable, une petite arnaqueuse, il lui interdisait de passer ses équivalences et lui promettait qu’elle n’exercerait jamais en Israel. C’est en pleurs que j’ai récupéré ma femme ce jour là.

En enquêtant sur internet, nous découvrions effarés le long passif du docteur SHANON en poste depuis plus de 20 ans, et ayant fait l’objet de nombreuses plaintes sans suites et d’articles dans la presse comme le prouve cet article du 14 janvier 2011 paru dans Haaretz. (avant notre immigration qui date de 2013)

Dr. Shanon is responsible for the cruel bureaucracy that the immigrants who want to be doctors in Israel and work in the medical professions have to deal with, he has a very tough policy that works against these immigrants. He did everything to put more obstacles in their way. » « There is no doubt Dr. Shanon is not only responsible for people not immigrating, but because of his attitude and the way he acts, people who immigrated decided to return to their countries, » added Hasson. « Dr. Shanon has to move on and pay a personal price for everything he did to these immigrants.

Traduction : Le docteur SHANON est responsable d’une cruelle bureaucratie avec laquelle les médecins et les professionnels de la santé doivent traiter s’ils veulent travailler en Israel. Il a une politique très dure envers ces immigrants. Il fait tout son possible pour mettre encore plus d’obstacles sur leur chemin. Il n’y a aucun doute que le docteur SHANON soit non seulement responsable de la non-immigration (des professions médicales) mais à cause de son attitude et de la façon dont il agit, il est aussi le responsable du retour (YERIDA) de nombreux médecins juifs vers leur pays respectifs. Le docteur SHANON doit quitter son poste et payer pour tout le mal qu’il a fait à ces immigrants.

Puis quelques mois plus tard, le Docteur Shanon a été remplacé momentanément, sous la pression du lobby francophone? ou nos plaintes auprès du Misrad Haklita? (ministère de l’intégration) nous ne le saurons jamais. Le fait est que le docteur Shannon a été remplacé le temps de débloquer certains dossiers, dont celui de ma femme qui a été retrouvé dans une poubelle! Ma femme à enfin été autorisée à passer ses équivalences dentaires un an après avoir fait notre Alya.

4 – l’examen des équivalences n’est rien d’autre qu’un concours !

Julia reconnaissance des diplomes

Julia reconnaissance des diplomes

les équivalences dentaires sont constituées de deux parties, la partie théorique qui est un questionnaire de 180 questions, et la partie pratique exécuté sur mannequin. Ma femme a échoué trois fois à l’étape théorique dont la difficulté est excessive et auxquels les praticiens formés à l’étranger ne sont pas du tout préparés:

  • Premier passage de l’examen et là encore nouvelle douche froide! les questions sont très difficiles, il y a de nombreuses questions pièges, certaines questions n’ont rien à voir avec dentaire, ma femme pensait qu’elle n’avait pas eu assez de temps de réviser (elle avait appris sa convocation aux examens une semaine avant la cession de septembre 2014).
  • Deuxième passage 6 mois plus tard, et de nouveau recalée – pleurs.
  • Troisième passage en septembre 2015 : après avoir révisé comme une folle tout l’été, laissant les gamins dans le salon toute la journée et s’enfermant devant l’ordinateur et les annales dans la chambre, les pauvres devenaient claustro, elle était sûre de les réussir, et là encore recalée pour la troisième fois – déception, colère, envie de tout abandonner.

Pour la dernière cession, sur douze dentistes français à passer les équivalences, seuls deux ont réussi, soit 16% de réussite une hécatombe! Voir aussi l’article de Haaretz intitulé : La bureaucratie israélienne garde ses immigrants professionnels de la santé sans emplois

Il n’existe pas aujourd’hui de statistiques officielles concernant les échecs des dentistes français, mais selon l’EFI ( Association des Chirurgiens-Dentistes Francophones en Israël) 70% échouent à l’examen théorique et sur les 30% restant, 90% échouent à l’examen  pratique.

Aujourd’hui plus de deux cent familles de professionnels de santé français seraient dans des situations difficiles parce qu’ils ne peuvent toujours pas exercer leur métier en Israël. Plusieurs milliers de familles juives de France disent qu’à cause de ça, ils préfèrent rester en France et ce malgré les attentats de masse et l’antisémitisme qui progresse de plus en plus.

Quant à ma femme, ayant échoué trois fois aux équivalences elle ne peut plus les repasser, et doit faire préalablement un Oulpan professionnel d’hébreu, suivi d’une formation (en hébreu) aux équivalences (nouveau) ce qui reportera le prochain examen à mars 2017.

Au cours de ces trois cessions des équivalences, ma femme a remarqué que les questions devenaient de plus en plus difficiles, beaucoup de questions pièges comme pour volontairement créer un numerus clausus.

En conclusion :

Ma femme sera resté 5 ans sans exercer, elle craint fortement de perdre la main, en attendant elle travaille comme beaucoup d’israéliens francophones dans un call-center, à ventre des assurances vie, car mon seul salaire ne suffit pas. Notre situation financière n’est pas à plaindre car j’ai une bonne situation dans une société israélienne, mais si ma femme exerçait son métier, non seulement elle serait plus épanouie, mais nous pourrions mieux vivre, acheter un appartement, dépenser plus au lieu de se serrer la ceinture, participer à l’économie du pays et l’enrichir.

La décision politique d’Israël de bloquer les professionnels de santé est  scandaleuse et tout simplement contre productive, surtout que le pays fait face à une pénurie de professionnels de santé. Selon le docteur Arnon Ofek adjoint au directeur du cabinet Litzman Ministre de la Santé :

« Il nous manque des docteurs et du personnel médical. Les urgences sont saturées »

Il suffirait tout simplement de régulariser la situation professionnelle des immigrants qu’Israël a su attirer, pour résoudre le problème.

La communauté des olim francophone est elle très divisé comme le prouve ce commentaire (parmi des centaines d’autre) de David G. sur Facebook :

«  Je connais des médecins de l’ex URSS qui travaillent comme infirmier car ils ont échoué (…) Je connais même une directrice de théâtre russe qui travaille comme aide soignante… Israël s’est construit comme ça !
La démarche des français (NDLR en l’occurrence nous) est mauvaise, c’est tout, même si ça ne plait pas a entendre.
« 

C’est notre grand problème à nous francophone d’Israël, nous ne savons pas être solidaires, et du coup nous avons beaucoup de mal à faire avancer les choses, comparé à la communauté russe. Mais l’espoir reste devant nous avec l’intervention de David Tibi qui lui aussi est bloqué pour ses équivalences et qui essaie de faire abroger l’examen, ainsi que du député des Français à l’étranger Meyer Habib

David Tibi Meyer Habib et les professionels de santé

David Tibi Meyer Habib et les professionels de santé

N’hésitez pas à signer la pétition de David Tibi ici, faites le c’est très important, ça prend une minute.

Et pour terminer, je cite mon ami Stéphane, qui sait tellement bien résumer toute cette situation déplorable en une seule phrase :

« C’est totalement irrationnel en terme de gestion des ressources humaines. Si je raisonne ainsi pour gérer mon service je le ruine !« 

Rétrospectivement parlant nous ne regrettons pas notre Alyah, car les bons moments l’emportent sur les mauvais, nous avons été positivement surpris par la mentalité israélienne, les gens sont tellement solidaires et attentionnés : Notre nouveau-né pleure pendant les cours d’hébreu, la prof la prend dans les bras pour la consoler, notre bébé pleure pendant que l’on fait la queue à la poste tout le monde nous fait passer devant. Au supermarché une arabe voilée qui travaille dans les rayons, voyant que j’hésite entre plusieurs paquets de couscous, s’en va dans le rayon des promo m’en chercher des moins chers.  L’infirmière de la Klalit (le dispensaire médical de l’assurance maladie israélien) qui nous propose de nous raccompagner en voiture parce que ma femme est enceinte… Des anecdotes comme ça j’en ai des dizaines. Il n’est pas un jour ou nous ne sommes pas ébahis par cette incroyable solidarité, nous qui étions tellement habitués à la mentalité française « chacun pour soi ». J’ai été surpris par la culture de l’effort, en Israel ce n’est pas le résultat qui compte mais l’effort que l’on fait, ainsi dans les études les enfants sont encouragés, nous avons été encouragés lors de notre apprentissage de l’hébreu, avec ses hauts et ses bas, je n’ai jamais vu un prof casser mes enfants, ils sont tellement HAMOUD (mignons) ou METSOUYANE (excellent) – alors qu’en France…

Famille Sitbon Alyah

Notre famille le jour de la Alyah

Mais nous n’étions pas préparés à une telle opposition concernant les équivalences dentaires de ma femme, pourtant nous nous étions renseignés avant notre alyah, rien ne laisser présager que ma femme puisse rester cinq ans sans exercer, mais si nous l’avions su, l’aurions nous fait? décision difficile de fermer un cabinet dentaire sachant qu’en Israel ce sera pour nous le parcours du combattant et qu’on sera téléprospecteur dans un call center. Il faut vraiment avoir l’âme sioniste!

J’espère que cet article aidera ceux qui hésitent encore en France, car ça vaut vraiment le coup de vivre en Israel. J’espère surtout que notre témoignage aidera à débloquer notre situation ainsi que celle des deux cent professionnels de santé qui ne peuvent toujours pas exercer en Israel. Signez la pétition pour nous aider!

Franck SITBON

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Israël – Équivalences dentaires – Laissez-nous travailler !

  1. J’ai déjà signé la pétition et m’engage a l’expédier a une quarantaine d’amis. Votre combat est légitime. Soyez persévérants, Mettez en oeuvre plusieurs actions en parallèles : rassemblement monstre des francophones d’Israel a TLV et Jéru. mobilisation des média, des hommes politiques. Des professionnels Français de santé installés de longues dates en Israel. Nous sommes des milliers de patients Impatient de consulter des professionnels de santé qui peuvent nous comprendre
    Richard HADJAJE

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